HISTOIRE DE L’APPARTEMENT

L’appartement du vivant de Comte (1841-1857)
Le n°10 de la rue Monsieur-le-Prince est le douzième logement parisien d’Auguste Comte, au deuxième étage d’un immeuble construit à la fin du XVIIIe siècle dans un lotissement qui fut bâti après la construction du théâtre de l’Odéon en 1782, sur le terrain de l’ancien hôtel de Condé. Auguste Comte occupa cet appartement entre juillet 1841 et septembre 1857. Il y emménagea avec sa femme, Caroline, en tant que simple locataire. Celle-ci ne resta qu’un an dans l’appartement puisque le couple se sépara à l’été 1842. C’est ici qu’il a rédigé la fin du Cours de Philosophie positive, qu’il créa la société positiviste en mars 1848, qu’il inventa le culte de l’Humanité et administra les premiers sacrements de sa nouvelle religion. C’est ici également qu’il recevait ses visiteurs et disciples ainsi que le grand amour de sa vie, Clotilde de Vaux (1815-1846), qui est venue plusieurs fois lui rendre visite. Son attachement à l’appartement de la rue Monsieur-le-Prince, le « domicile sacré », ne se démentira jamais.

L’héritage positiviste (1857-1954)
Le domicile de Comte fut, conformément à ses souhaits, conservé par une exécution testamentaire, choisie parmi ses disciples, après sa mort. Ils reprirent le loyer de l ’appartement, reconstituèrent le « domicile sacré » et continuèrent à y loger, selon la volonté de Comte, Sophie Bliaux, sa domestique et fille adoptive. Ils gardèrent le « domicile sacré », qui fut le siège de la Société positiviste jusqu’au début du XXe siècle et le lieu de rassemblement des admirateurs de Comte. Les positivistes, grâce au subside, continuèrent pendant près de quarante ans, à payer le loyer de l’appartement. Lors du décès du propriétaire de l’immeuble, en 1893, Pierre Laffitte créa, avec les autres exécuteurs testamentaires, une Société civile immobilière à son nom et acheta, avec l’aide des autres disciples et d’emprunts, le bâtiment tout entier. Ils assuraient ainsi la conservation pérenne de l’appartement d’Auguste Comte. Malgré de nombreux schismes en son sein, le mouvement maintint une certaine vigueur (à défaut d’unité) jusqu’à la mort de Pierre Laffitte en 1903.

L’attachement d’ Auguste Comte à son appartement
Après la perte de ses postes d’examinateur et de répétiteur à l’École polytechnique, la situation financière d’Auguste Comte était devenue assez précaire. Menacé d’expulsion pour loyers non payés, Comte ne put cependant se résoudre à quitter ce bel appartement de la rue Monsieur-le-Prince. Dans une circulaire adressée à ses disciples positivistes qui le soutiennent financièrement grâce à leurs dons, Comte leur expliqua son attachement à son domicile de la rue Monsieur-le-Prince : c’est entre ces « saintes murailles », qu’il a achevé le Cours de philosophie positive, inventé la sociologie et qu’il a entamé sa régénération spirituelle et morale. Son loyer était particulièrement élevé à l’époque (1600 francs) et Comte exhorta et convainquit les positivistes à « comprendre la puissance philosophique des images et des sentiments que ces murs (lui) rappellent. » Le philosophe put ainsi, grâce à eux, rester dans l’appartement.

La situation actuelle de l’immeuble (1954-2016)
Les premiers statuts de l’Association sont très clairs concernant l’établissement de l’appartement en tant que musée : « La Maison d’Auguste Comte (…) aura notamment pour objet (…) de tenir ouvert au public l’appartement du philosophe où doit être maintenu un musée consacré à ses travaux et à sa vie ». Elle se donnait pour buts, non seulement de conserver la demeure du philosophe et d’en faire un musée, mais également d’ « établir un centre de documentation sur la vie et l’œuvre du fondateur du positivisme, sur le rayonnement de la pensée et sur l’histoire des mouvements philosophiques et religieux qu’elle a inspirés » . C’est ainsi que Paulo Carneiro noua, dès les premières années d’existence de l’association, des relations étroites avec l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Dès la fondation de l’Association, il avait offert des bureaux de l’immeuble pour y accueillir les laboratoires des chercheurs de l’École. Soucieux de garantir la survie de l’association, qui n’avait pas les moyens financiers d’entretenir l’immeuble, il souhaitait en effet qu’un accord soit trouvé avec cette École pour lui en confier, sinon la propriété, du moins la gestion. Ce rattachement de l’association à un organisme public voué aux sciences sociales devait ainsi conforter sa mission. Mais ce projet, qui tenait à cœur à Paulo Carneiro, ne put être mené à bien avant sa mort en 1982. Il fallut attendre l’année 1991 pour que l’action déterminée de Charles Morazé aboutisse à la signature d’un bail emphytéotique d’une durée de soixante ans avec l’EHESS.

L’appartement-musée de nos jours (1954-2016)
Avant d’être plus régulièrement ouverte au public, la Maison d’Auguste Comte a longtemps été un lieu de conservation et de mémoire, finalement assez confidentiel et peu visité. A partir de 1968, la maison d’Auguste Comte élargit son public en ouvrant ses portes à quiconque en fera la demande. Les années 1990 permirent au musée de retrouver un certain dynamisme. Le musée participe depuis 1996 aux Journées du patrimoine, ce qui permet à un public non averti mais curieux de faire la connaissance de l’appartement. Une nouvelle réfection des papiers peints entre 1996 et 1998 achève de rafraîchir l’intérieur de l’appartement. Ce n’est que dans les années 2000 que le musée ouvre ses portes un après-midi par semaine. Le samedi d’abord, puis le mercredi. En 2008, le musée adhère à la « Fédération des maisons d’écrivain et patrimoines littéraires ». L’installation électrique est refaite et les visites de plus en plus nombreuses, notamment lors des Journées européennes du patrimoine qui assurent à l’appartement un succès croissant. En 2011, le musée est une des premières maisons d’écrivain à recevoir l’appellation « Maison des illustres », nouveau label créé par le ministère de la Culture. En 2014, la muséographie est repensée et modernisée, offrant des informations plus claires et plus précises au visiteur. La même année, le musée ouvre pour la première fois à l’occasion de la très populaire Nuit des musées.