Portraits d’Auguste Comte

I/DAGUERREOTYPES ET PHOTOGRAPHIES
#1 Portrait d’Auguste Comte ( Daguerréotype de 1849, anonyme)
La première représentation connue d’Auguste Comte est un daguerréotype de 1849 d’auteur inconnu. On peut voir Comte dans une pose très caractéristique de la manière dont on le représentera ultérieurement. Ce daguerréotype (dont la Maison d’Auguste Comte ne possède qu’une reproduction photographique, à notre connaissance pour le moment…) a en effet servi de modèle, notamment, au fameux « portrait hollandais » d’Hoffmeister qui fera l’objet d’un prochain post.
Le procédé du daguerréotype, mis en place par Louis Daguerre (1787-1851) en 1835 consiste à fixer une image sur une plaque de cuivre enduite d’une émulsion d’argent et développée aux vapeurs d’iode. Procédé « primitif » de la photographie, il permettait d’obtenir, fait nouveau à l’époque, une reproduction directe et précise de la réalité. Cette invention connut à partir de 1839 un très grand succès, en France comme à l’étranger. Il est probable que ce portrait de Comte ait été fixé dans l’un des nombreux ateliers de daguerréotypes qui fleurissaient au début des années 1840 à Paris, notamment dans le quartier du Palais Royal où Comte, en 1849, donnait des cours sur « L’Histoire générale de l’Humanité ».
#2 Photographie post-mortem d’Auguste Comte (Florentin Decis, septembre 1857)
La photographie post mortem voit le jour en Angleterre, à l’ère victorienne, et se développe particulièrement au milieu et à la fin du XIXe siècle en Europe comme aux Etats-Unis. Cette pratique est donc particulièrement répandue lorsque ce cliché d’Auguste Comte, pris sur le lit de sa chambre rue Monsieur le Prince après son décès le 5 septembre 1857, a été réalisé. La mise en scène suggère que le défunt est plongé dans un profond sommeil…
La Maison d’Auguste Comte possède les originaux et quelques tirages de ces clichés, qui sont, malheureusement, les seules photographies connues du philosophe.

II/ PORTRAITS PEINTS LITHOGRAPHIES GRAVURES

#3  : Portrait dessiné d’Auguste Comte par Joseph Guichard (1850)
Cote: 2018-8-5/6
La Maison d’Auguste Comte possède un beau portrait dessiné du philosophe par le peintre lyonnais Joseph Guichard (1806-1880), élève, notamment, d’Ingres et Delacroix. Outre de nombreux portraits, on lui doit un certain nombre d’œuvres décoratives dont l’exécution , avec Delacroix, du « Triomphe de la Terre ou de Cybèle » dans la galerie d’Apollon au Palais du Louvre. Il réalisera également d’importantes commandes pour l’église Saint-Germain-L’Auxerrois. Guichard était mariée à Agathe de Lagrenée qui connaissait Comte personnellement. Elle fonda d’ailleurs sur ses encouragements un pensionnat de jeunes filles à Passy. Elle réalisa un portrait de Comte au crayon, aujourd’hui introuvable, comme en atteste une lettre du philosophe à Pierre Laffitte d’avril 1850. Le dessin de son mari, conservé dans la salle de cours, au cœur de l’appartement d’Auguste Comte échut à un élève de Guichard, Félix Bracquemond, qui en fit don à la Société positiviste en 1900. Ce dernier ajouta même une dédicace qui figure toujours sur le coin en bas à gauche du portrait. Bracquemond, nous le verrons par la suite, s’inspirera du dessin de Guichard pour réaliser une eau forte, l’année suivante.
#4 : Eau forte représentant Auguste Comte par Félix Bracquemond (1851)
En 1851, le jeune élève (18 ans à peine à l’époque) de Joseph Guichard, Félix Bracquemond (1833-1914) réalise une eau-forte d’après le dessin de son maître. Connu essentiellement pour ses gravures, Bracquemond connut un certain succès à la fin du XIXe siècle. Ami de Manet, Pissaro, Degas ou encore de Gambetta, il exécuta notamment le portrait du président Sadi Carnot en 1894. Bracquemond fréquenta les milieux positivistes, grâce à Guichard notamment. On lui doit également un portrait peint d’un disciples fervent de Comte, le docteur Horace de Montègre. Comte se prit de sympathie pour le jeune Braquemond à qui il offrit les deux premiers volumes du Système de politique positive et son catéchisme positiviste. L’eau forte, dont la Maison d’Auguste Comte possède l’une des versions (il y en eut trois au total) porte la mention « Auguste Comte , fondateur de la Religion de l’Humanité », montrant sinon une adhésion complète au moins une certaine sympathie pour les idées positivistes. Comte se montra un peu déçu du portrait qui lui donnait, selon lui, l’air trop triste.
Toutefois, Vincent Van Gogh écrira, dans une lettre du 4 juin 1890 à son frère Théo: « Connais-tu une eau-forte de Bracquemond, le portrait de comte ? c’est un chef-d’œuvre. »…
#5  : Lithographie, appelé « Portrait hollandais » d’Auguste Comte, exécutée par Johan Hendrick Hoffmeister (1851)
Cote: 2018-8-4/4
Il est des portraits plus réussis que d’autres d’Auguste Comte. Mais la lithographie exécutée en 1851 par le graveur néerlandais Johan Hendrick Hoffmeister (1823-1904) était en tout cas le portrait de lui que le philosophe tenait pour le mieux réussi. Effectué d’après le daguerréotype de 1849, il est peut-être la représentation la plus fidèle de Comte. C’est en tout cas l’image la plus diffusée du philosophe depuis sa mort. Son exécution a été financée par le Baron de Constant Rebecque, un officier de la marine hollandaise à la retraite, disciple positiviste et l’un des 13 exécuteurs testamentaires du philosophe. D’après Comte lui même, le portrait a été effectué à La Haye. Il en reçoit plusieurs exemplaires de la part de Constant Rebecque en 1851 puis en 1853. C’est à cette occasion, dans une lettre à l’un de ses disciples, qu’il dit admirer à travers son portrait, « l’habileté d’un artiste qui ne me vit jamais ».
Un exemplaire de cette lithographie reçue par Comte est accroché dans le salon de son appartement-musée rue Monsieur-le-Prince.
#6 : Tableau « Auguste Comte et ses trois anges » exécuté par Antoine Etex (1852), lithographie par Eugène Signol (1856)
A l’époque où Auguste Comte rencontre le peintre et sculpteur Antoine Etex (1808-1888), en octobre 1851, seule la lithographie hollandaise et le portrait de Bracquemond existent encore. Encore ne sont ils tirés qu’à très peu d’exemplaires… Etex, célèbre notamment pour la réalisation de deux bas reliefs de l’Arc de Triomphe, avait vu en Comte un mentor. Il adhéra d’ailleurs dès après sa première entrevue avec le philosophe, à la Société positiviste. Comte demanda à Comte l’exécution d’un tableau et d’un buste. Etex eut l’idée de représenter Comte assis à son bureau entouré de ses « trois anges » (Clotilde de Vaux, Sophie Bliaux, Rosalie Boyer). Une fois celui ci terminé, Comte l’accrocha rue Monsieur le Prince mais le destinait, avec l’accord d’Etex, au musée de la ville de Montpellier. Mais Caroline Massin, après la mort de Comte, ne voulut pas s’en dessaisir et alla même jusqu’à déchirer le tableau… Seule subsiste cette lithographie , réalisée par le peintre et graveur Eugène Signol. Il avait toutefois … oublié d’inverser l’image , de sorte que Comte écrit de la main gauche. Ce que ses disciples ne manquèrent pas de relever: « J’ai souvent vu le tableau original: il existe une gravure, ou plutôt une lithographie réalisée d’après lui, qui fait écrire notre Maître de la main gauche » (1856).
La lithographie est désormais conservée au musée Carnavalet.
Ce n’est cependant pas la dernière contribution d’Etex pour la postérité iconographique d’Auguste Comte comme nous le verrons.
#7 : portrait d’Auguste Comte exécuté par Antoine Etex (1854)

© Colombe Clier – MCC

 

Cote: MAC.R.16.2
Etex débuta ce portrait d’Auguste Comte au printemps 1852, prenant d’abord pour modèle les représentations effectuées par Bracquemond et Guichard. Comte vint ensuite poser dans l’atelier d’Etex, rue de l’Ouest. Adhérant , dans un premier temps, au positivisme, Etex se brouilla avec Comte, suite à quelques échanges houleux. Malgré tout, Comte n’oublira pas les services rendus par Etex (Un portrait et un buste) à la cause positiviste. Comte put ainsi, avec quelques mois de « retard », accrocher son portrait achevé par Etex en… juin 1854, au dessus de son canapé, dans le salon de la rue Monsieur le Prince. Comte remercia chaleureusement Etex: « Vous avez consolidé vos propres titres à l’immortalité par une oeuvre qui vous associe noblement à la fondation de la religion de l’Humanité ».
Le portrait est toujours accroché à l’endroit même où Comte l’avait suspendu pour la première fois…
#8  : portrait d’Auguste Comte par J. Leonard (1860)
Nous savons peu de choses sur l’auteur de ce tableau,de grand format, réalisé en 1860. Le peintre se nomme Jules Leonard (1827-1897), de nationalité belge mais vivant à Valenciennes. C’est un positiviste local, Jean-Baptiste Foucart, avocat et bibliophile, qui chargea Léonard de la réalisation des deux portraits (de Comte et de Clotilde) dans l’entrée de l’appartement, d’après des représentations figurant rue Monsieur-le-Prince. Les deux tableaux ont été donnés par Foucart à la Société positiviste. Il s’agit du premier tableau « post mortem » représentant Auguste Comte. Le peintre s’est très largement inspiré de la lithographie d’Hoffmeister pour réaliser cette oeuvre qui figure désormais dans l’entrée de l’appartement du philosophe.
Un tableau de Clotilde de Vaux, réalisé par le même peintre, l’y accompagne.
Les deux réalisations ont , selon toute vraisemblance, fait l’objet d’une commande de la Société positiviste.
#9 : Auguste Comte et ses trois anges par Lionel Royer (date inconnue, autour de 1890)
Peintre spécialisé dans la représentation historique (on lui doit le fameux « Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César » en 1899), Lionel Royer (1852-1926) a également réalisé cette très belle peinture d’Auguste Comte entouré de ses trois anges, thème déja abordé par Etex puis Signol.
Sur le tableau de Royer, Comte est représenté, pensif, à son bureau, autour duquel sont rassemblées, de gauche à droite, Clotilde de Vaux, Rosalie Boyer et Sophie Bliaux.
On remarquera la présence du globe à sa droite et de la pendule au fond du tableau, dont la représentation est très fidèle à l’originale présente dans le bureau du philosophe rue Monsieur-le-Prince.

III/ BUSTES ET SCULPTURES

#10: Auguste Comte par Antoine Etex (1852)

Avant de réaliser un portait peint (voir plus haut), Etex exécuta d’abord un buste en marbre de Comte en 1851. Un moulage en plâtre du buste trouva sa place dans l’appartement de la rue Monsieur-le-Prince. En 1867, le buste dut même retenu par le jury pour l’Exposition universelle. Etex exposa un autre buste de Comte lors du salon des artistes français en 1880 au Palais des Champs-Elysées.

#11: Monument à Auguste Comte par Injalbert (1902) – Paris

La statue d’Auguste Comte place de la Sorbonne est sans nul doute la représentation la plus célèbre du philosophe tout type d’art confondu. L’érection d’un monument à Comte en plein cœur de Paris a longtemps été un « serpent de mer » positiviste – on en parle déjà en 1880 dans la Revue occidentale – et ne se trouva réalisée qu’en 1902. De nombreuses personnalités constituent dès 1899 un comité de patronage pour aider à la réalisation du projet. Parmi elles Jules Ferry, Emile Durkheim, Georges Clemenceau, Ernest Renan ou encore René Worms et Tomas Mazaryk. Son exécution est confiée à Jean-Antoine Injalbert (1845-1933), formé à l’école des Beaux-Arts, connu principalement pour avoir réalisé un buste de Marianne pour le centenaire de la Révolution française en 1889, présent dans la plupart des mairies de France jusqu’au début du XXe siècle, ainsi qu’une statue de Mirabeau présente au Panthéon. Le monument est inauguré en grande pompe le 18 mai 1902 sur la place de la Sorbonne. A droite du buste de Comte, l’Humanité tenant l’avenir dans ses bras, à sa gauche un ouvrier tenant un livre dans ses mains, symbolisant l’élévation intellectuelle du prolétaire par l’instruction. Figurent également les devises positivistes « Vivre pour autrui » et « Ordre et progrès ». Placée en plein centre de la place, devant la Chapelle de la Sorbonne et lui tournant le dos, elle a longtemps trôné à cette place avant que la construction d’une fontaine à écoulement permanent en 1980 n’entraîne son déplacement un peu plus bas sur la gauche de la place.

#12: Monument à Auguste Comte par Injalbert (1911) – Montpellier

Ce monument, érigé en 1911 par Injalbert dans la ville natale du philosophe, connut une destinée un peu triste…Un ancien chef d’escadron en retraite, domicilié à Angoulême, avait adressé au maire de Montpellier en… 1876 une lettre demandant que soit ouverte une souscription pour élever, sur une place publique de la ville, une statue en l’honneur de Comte. Ce n’est que le 28 mai 1904 que le Conseil municipal décida de contribuer à l’érection du monument et vota la somme de 10 000 F. Le devis établi par le sculpteur Injalbert faisait ressortir une dépense de 30 000 F, des conditions reconnues comme étant très raisonnables et qui seraient prise en charge par la Ville, le Département et l’Etat, soit 10 000 F chacun. Le monument comprenait une masse de rochers auxquels étaient adossés des groupes de figures allégoriques représentant un travailleur de force, une femme et deux enfants, une égérie casquée symbolisant la science, le tout surmonté du buste d’Auguste Comte. Au-dessous de ce buste était gravé dans le marbre l’inscription commémorative. Ce monument avait une hauteur de sept mètres, dont quatre pour les figures allégoriques, un pour le buste d’Auguste Comte et deux pour les soubassements. Le monument était inauguré le 22 juin 1911, à 15h, au cours d’une cérémonie que présidait M. Antoine Benoist, recteur de l’Université. Le monument est démoli en 1962 par le conseil municipal de l’époque, qui trouvait le monument « rompait l’harmonie du paysage auquel il était totalement étranger, de par les prétentions intellectuelles dont il avait été chargé ». Le buste d’Auguste Comte qui surmontait l’édifice fut légué à la faculté des Lettres de Montpellier, où il se tient toujours.

#13: Charles Auguste Lebourg (1880 ?) buste en plâtre d’Auguste Comte

Nous n’avons malheureusement aucune trace visuelle de ce buste, pourtant proposé au salon des artistes français en 1880. Lebourg est notamment connu pour avoir créé les cariatides des fontaines Wallace (1872) et pour la réalisation d’une statue équestre de Jeanne d’Arc à Nantes.

#14: Carlos Lagarrigue (1882), Buste en plâtre d’Auguste Comte

Étudiant aux beaux-arts au Chili, Carlos Lagarrigue (1858-1928) part ensuite étudier à l’École des arts décoratifs de Paris en 1877. Il a pour maîtres les sculpteurs Aimé Millet, Charles Gauthier et Jules Dalou. Il réside ensuite en Italie. Il fréquente les positivistes français grâce à son frère, Jorge Lagarrigue, avec lequel il réside un temps à Paris. Il adhère même à la Société positiviste en 1881.  C’est l’année suivante qu’il exécute ce buste d’Auguste Comte, toujours conservé au 10, rue Monsieur-le-Prince et présenté lors de l’exposition « Affiches Actions » organisée par la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) en 2013. En 1889 il est primé au salon de Paris pour une sculpture : « El Giotto », une œuvre conservée au musée des Beaux-Arts à Santiago. Il revient au Chili en 1891.

#15: Henri-Louis Levasseur (1891) Statue en plâtre d’Auguste Comte

Cette statue devait être érigée dans la rue Auguste Comte (inaugurée en 1885) et aurait été adossée au petit square faisant face au jardin du Luxembourg. C’est le sculpteur Eugène Delaplanche (1836-1891) qui devait se charger de son exécution. Mais, à son décès, c’est l’un de ses élèves qui reprit le travail entamé, Henri Louis Levasseur. La sculpture représentait le philosophe, assis sur son fauteuil de la rue Monsieur-le-Prince, refermant l’un de ses ouvrages favoris, la Divine Comédie de Dante. Elle n’emporta pas l’adhésion des positivistes, l’un d’entre eux, Edouard Pelletan trouvant Comte « dans une attitude plutôt triste que méditative » et regrettant que le sculpteur ait « oublié que la tristesse est la compagne des faibles et non des esprits puissants » et qu’il se soit « imparfaitement renseigné [1]» sur son modèle. Elle fut exposée au Palais de l’industrie dans le cadre du salon des Champs Elysées en 1891.

 

[1] Edouard Pelletan, « La statue d’Auguste Comte au salon » in Revue Occidentale, 1891, II, p. 286-289.